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est l'un des écrivains suédois actuels qui prolongent la grande
tradition de la littérature ouvrière suédoise, qui a marqué
les années 30 en particulier et a ensuite tenté de se poursuivre,
sous des formes diverses et tâtonnantes, au gré des changements
idéologiques. Il n'est pas facile d'être écrivain d'origine
ouvrière á l'heure actuelle, de vouloir être fidèle
à ses origines et réussir à être publié et lu.
Bernt-Olov Andersson a compris qu'il était important de diversifier
sa production et c'est pourquoi il est aussi bien poète, que romancier
et dramaturge.
Il est né au cours de l'hiver 1947, au coeur de la forêt suédoise,
dans une de ces maisons rouges qui semblent enracinées dans le paysage.
Il a été ouvrier métallurgiste puis charpentier sur divers
chantiers, avant d'être pris par le démon de la littérature,
à laquelle il se consacre à plein temps depuis une vingtaine
d'années. Mais il est aussi conférencier (en particulier sur
la musique folklorique suédoise) et a été à la pointe
de diverses entreprises collectives de publication. C'est un homme qui
aime le contact et pour qui la littérature et l'art en général
ne sont pas synonymes d'isolement ou de tour d'ivoire.
C'est par la poésie qu'il a débuté, comme souvent en pareille
circonstance, pour faire ses premières armes et conquérir le
langage, avec de brefs poèmes sur des milieux de travail ou la maladie
d'un enfant. Mais c'est la prose qui lui permettra ensuite les conquêtes
du réalisme. Il a débuté en ce domaine par un recueil de
nouvelles intitulé Un jeudi du début de novembre
(1987), situé dans des milieux de travail traditionnels en Suède
ou dans des localités écartées, où il est beaucoup
question de solitude, d'oubliés, d'êtres dont la vie ne semble
pas avoir grande utilité. Son talent s'est affirmé lorsqu'il
a abordé le roman avec Mon boucher bien-aimé (1988).
Il a trouvé là son sujet: la vie populaire de temps de son enfance;
les années 50, dans une campagne suédoise qui commence à
éprouver les effets de la modernité, au prix de certaines convulsions
sociologiques.

Mais Bernt-Olov Andersson se situe plus volontiers dans le registre intimiste
de la vie de famille ou de petites collectivités villageoises, où
tout le monde se connaît. Le drame n'y est pas quotidien non plus
et c'est pourquoi ses livres revêtent souvent le ton de la chronique.
C'est la vie quotidienne, avec ses petits soucis et son pittoresque. On
retrouve ces mêmes caractèristiques dans Le temps des
lilas (1995), suite plus ou moins indépendante du précédent.
On se rapproche ici d'un roman collectif classique, dans lequel il n'y
a pas de héros ni d'action bien définie, mais où tout concourt
à un équilibre d'ensemble entre les personnages, les milieux,
les problémes. Dans ce livre plus ou moins autobiographique, le jeune
Bosse découvre la vie ouvrière, dans le cadre de la cité
métallurgique de Sandviken, la solidarité entre voisins mais
aussi les malheurs que peut causer l'alcool, la simplicité de l'amitié
mais aussi la violence incompréhensible. La société se
manifeste parfois sous des formes plus inquiétantes que rassurantes,
même dans une Suède en passe de devenir ce foyer de peuple
que lui ont promis ses politiciens. Mais l'espoir est (encore) là
et les enfants peuvent malgré tout envisager l'avenir avec confiance.
Ils sont payés pour savior que ce ne sera pas facile, mais sont d'autant
mieux armés pour affronter les difficultés.

Entre ces deux livres, Bernt-Olov Andersson a encore eu le temps de composer
un gros roman collectif, à caractère historique: Les agitateurs
(1991). Celui-ci se situe lors de la grande grève de
1909 qui, curieusement, n'a pas souvent été décrite dans
la littérature suédoise. Là aussi, l'individuel sert à
éclairer le collectif et vice-versa. Le livre s'ouvre sur une surprenante
partie en forme de journal intime, qui évoque le voyage d'un certain
Amond Dalström (en qui il faut voir un portrait de Fabian Månsson,
politicien et écrivain lui aussi d'origine ouvrière) entre Constantinople
et la Suède, et qui sera équilibré par celui de Teje Månsson
(ici il faut lire Kata Dalström, femme d'origine plus favorisée
mais aussi trés engagée dans le combat pour le progrès
social) entre Kiruna et Abisko. Le coeur du livre est consacré à
la rencontre passionnée entre l'aristocrate radicale et le fils d'ouvrier
à la mauvaise conscience. L'épisode le plus marquant est celui
qui fait alterner une réunion houleuse avec une représentation
de La danse de mort. Mais on n'oubliera pas non plus l'évocation
du séjour de Teje en prison. Le livre tend à prouver que ce
ne sont pas forcément les ouvriers qui mènent le mieux le combat
pour la classe ouvrière. Le moins que l'on puisse dire, c'est donc
que Bernt-Olov n'a rien d'un dogmatique ou d'un sectaire. Et ce livre,
où il s'efforce de donner une langue à ceux qui n'en ont pas,
lui a valu un réel succès parmi ceux qui attachent du prix à
une littérature du peuple, par le peuple et pour le peuple.
Mais Bernt-Olov Andersson a une autre corde à son arc, celle du dramaturge.
Là encore, fidèle à ses origines, il se situe dans la ligne
de ce qu'on a appelé le théâtre ouvrier et
qui a tenté de dramatiser des épisodes de la vie du monde du
travail et de faire participer ses membres à la réalisation
des spectacles en tant qu'acteurs, voire metteurs en scène. C'est
dans ce cadre que se situe Les millionnaires (1991) qui évoque
les atteintes physiques subies par les ouvriers d'une usine de papier
et qu'on leur propose de compenser par une somme d'un million
de couronnes. Liqueur argentine (1995) part d'une situation
en soi fort grave (celle de réfugiés argentins ayant fui la
torture dans leur pays) mais traitée de facon humoristique. D'où
une certain impression de tragi-comique. De même, Le grand
cirque du chemin de fer (1996) évoque d'une facon qui n'hésite
pas à avoir recours à la farce la construction des voies de
chemin de fer du nord du pays. Elle a été jouée au musée
du chemin de fer.
Bernt-Olov Andersson travaille actuellement à une suite de sa chronique
autobiographique et nombreux sont ceux qui l'attendent déjà.
C'est sans aucun doute l'un des écrivains sur lesquels son pays peut
compter dans les années à venir. Il ne reste plus qu'aux étrangers
à le découvrir à leur tour. Il en vaut la peine.
Philippe Bouquet
Octobre 1996
Philippe BOUQUET 7, rue Edouard-Dunas F-72000 LE MANS
tel & fax: (0)2 43 81 70 27
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